Dédicace #59 – L’œuvre – Emile Zola

Nous remercions Arthur, qui nous a envoyé cette sublime dédicace à l'occasion du concours que nous avons organisé avec notre partenaire lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2020 .

Depuis que j’aime lire des livres et mes vingt ans — avant cela j’étais plutôt du type qui regarde les films avant les interrogations, pour Germinal, le Désert des Tartares, j’en passe — c’est surtout les Classiques Français que j’aime. Mon appétit pour la littérature s’est révélé dans les cahiers de secondaires, avec l’apprentissage des poètes maudits, l’analyse des strophes de Rimbaud et calligrammes d’Apollinaire ; mais encore, et surtout, la découverte de Céline. Après, la Nausée, Madame Bovary, Confession d’un enfant du siècle, même plus tard les Misérables et la Recherche du temps perdu — mes références absolues —, jusqu’au Rivage des Syrtes et Au plaisir de Dieu, sont autant de livres desquels je pourrais aujourd’hui parler, tant ils ont élargi mes horizons lettrés chacun à leur manière, et tant ils constituent de ces jalons qui font qu’on avance dans la littérature comme dans un voyage ou une vie nouvelle, en l’aimant chaque jour un peu plus.

Avec tout ça, bientôt trente ans, des aspirations d’écriture, un effort redoublé chaque jour pour conjuguer vie active et rêve, et entre Flaubert et Chateaubriand jamais je n’avais lu une seule ligne de Zola ; quand à l’occasion d’un séjour à Aix, la ville qui l’a vu grandir, je me décidai pour Nana. Le coup de foudre était immense, et à la fin de ce séjour je comprenais immédiatement que Zola rivalise avec Hugo, Dumas, dans les sous-sols du Panthéon. J’enchaînai : Germinal, Au bonheur des dames, le Ventre de Paris, la Terre — et enfin celui-là : L’Œuvre.

Car c’est bien celle-là l’Œuvre qui a changé ma vie. Qui fut la plus ardue à lire, pour un qui ne veut que briller, et la plus magnifique, — car on est bien forcé de reconnaître qu’il est des sphères là-haut que nous n’atteindrons pas, mais que c’est tellement beau de les viser quand même. L’Œuvre, c’est toute l’histoire de nos projets jamais réalisés, l’abattement qui triomphe de l’artiste insatisfait ; l’histoire de nos entreprises et de nos ambitions, contée par un géant et de géante manière — et malgré tout… insatisfait.

Fresque de ce qu’on espère un jour pouvoir produire, il n’appartient qu’à nous de s’en faire un modèle à ne surtout pas suivre. Et je souhaite à ceux qui ne l’ont jamais lu, tout projets qu’ils aient ou puissent un jour avoir, d’en retirer le bon et jeter le néfaste — mais de s’en inspirer. Car il est, et de loin, de ce que j’ai pu lire, le livre dans lequel transpire et transparaît le mieux la Passion véritable, et ce qui nous unit j’espère.