Dédicace #63 – Le petit joueur d’échec - Yôko Ogawa

Nous remercions Anne, qui nous a envoyé cette jolie et surprenante dédicace à l'occasion du concours que nous avons organisé avec notre partenaire lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2020 .

Décembre 2015. Ce jour-là, c’est la fête : dans une toute petite librairie, encombrée et généreuse, illuminée de la passion de son propriétaire, on achète les cadeaux de Noël ! A peine entrés, la quête commence...Cette bd pour Martin, Les trois brigands pour Emilie, un polar pour Mamy...Quand soudain, le choc ! Une image me saute à la figure : un éléphant, assis, dans une pièce bleue, joue aux échecs. Yoko Ogawa. La main se tend, saisi, retourne : quatrième dans un état second, je quitte Maubeuge, je suis là-bas : un jeune garçon et une éléphante, une rencontre avec un vieil homme, j’entends les mots, la musique, l’humanité... En quelques minutes, l’histoire se dessine, je sens sa poésie qui glisse dans mes veines et me bouleverse ou plutôt... je la pressens, l’intuition que j’en ai est fulgurante, je connais cette histoire, j’en tremble... J’hésite... Je pose... Je reprends...

- Tu viens ?

- J’arrive !

   Je pose à nouveau. Plus tard. Ce sera un moment particulier, spécial, je prends rendez-vous. Les semaines qui suivent, le livre m’habite, j’y pense quotidiennement, j’ entends son chant de sirène, j’en imagine le dénouement, j’en salive... Et... Je l’achète enfin. Je m’installe : coin du feu, tasse de thé, cœur en gants blancs... J’ouvre, je lis...

   Désolation, effondrement, collapsus, arrêt cardiaque : je déteste ! TOUT : le style, la façon dont l’histoire est amenée, l’ambiance, les personnages, la tristesse qu’il dégage...C’est un désastre ! Je me sens trahie, grugée, furieuse ! Tout mon corps se révolte, debout, je « pestelle », je peste, je jure... Quelle déception ! Sans doute une des pires de ma vie ! Et personne à qui m’en prendre à part moi-même. Quelle idiote ! Imaginer le livre à la place de l’auteur et lui en vouloir de ne pas l’avoir écrit comme ça !

     Mars 2017. Concours de dédicaces. Lequel choisir ? Lequel a le plus compté, il y en a tant... Et là, incongru, surprenant, c’est un éléphant qui émerge de ma mémoire. Avec tendresse, je reviens vers lui, je recherche cette image, ce nom qui m’ont fait rêver si fort et je réalise à quel point ce qui me fut offert par cet objet est précieux. J’ai oublié les mots à l’intérieur, j’ai oublié la rancœur, je n’ai gardé que la magie de la rencontre, le brulant du coup de foudre, la trace du désir qu’il m’a laissée...Et pour ça, il méritait bien une dédicace, n’est-ce pas ?