Dédicace #64 – CONGO BELGE - Mémoires en noir et blanc 1945-1960 - Ouvrage collectif d'ÂGES ET TRANSMISSIONS asbl (Editions Weyrich, 2019)

Nous remercions Patrick, qui nous a envoyé cette belle dédicace à l'occasion du concours que nous avons organisé avec notre partenaire lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2020 .

Je fais partie de cette génération dont l'enfance a été baignée dans les Golden Fifties. La Belgique était un petit pays, mais elle avait, nous disait-on à l'école, la plus belle colonie d'Afrique. Nous étions fiers de voir dans les atlas un Congo Belge qui avait 80 fois la taille de la métropole. Je connaissais par cœur Tintin au Congo, et j'enviais certains de mes cousins qui vivaient dans la brousse près de Stanleyville. Tous les deux ans, ils passaient l'été en Europe. Ils racontaient un quotidien qui me paraissait merveilleux et j'étais fasciné de les voir marcher pieds nus dans les bois sans se faire mal. Ce n'est qu'en 2009 que je suis allé là-bas. J'étais hébergé au collège jésuite Alfajira de Bukavu, où un cousin de ma mère avait enseigné pendant des dizaines d'années. Le bâtiment assez grandiose était resté splendide, contrairement à d'autres édifices datant de la colonie dans d'autres lieux. Y régnait une discipline très stricte, sous la houlette d'une surveillante congolaise qui avait tout du sergent-chef. L'uniforme était de mise, ainsi que le salut au drapeau. Encore tout imprégné de la vision idyllique que j'avais entretenue de la colonie, je m'efforçais d'en retrouver les traces dans tel hôpital de campagne ou tel institut agronomique et je me disais que le mal qu'on répandait sur la colonisation belge était fortement exagéré, dans le but de déconsidérer notre histoire nationale.

 

Comme beaucoup de personnes attachées à la survie de notre pays, je ne voulais pas lire les écrits qui critiquaient ce qui avait été l'oeuvre collective des générations précédentes. J'avais sans doute peur de perdre mes illusions de jeunesse. Je pensais aussi que la mise à nu des aspects négatifs de la colonisation belge et la victimisation qui s'ensuivrait ne pourraient qu'attiser inutilement des rancœurs ayant parfois leur cause dans les échecs personnels et actuels d'une génération de Congolais qui n'avaient pas connu cette époque.

 

Des amis m'ont proposé de découvrir ce recueil de témoignages. Européens et Africains qui ont vécu les quinze dernières années de la période coloniale y dévoilent leurs expériences au fil de plein d'anecdotes bien racontées. Ils révèlent tous en filigrane leur affection pour le Congo, qui a aussi été belge et qui en garde un héritage précieux, la langue française. Les témoins sont extrêmement sincères, et j'aimerais avoir l'occasion de les rencontrer, comme si c'étaient depuis longtemps des proches.

 

Que vous soyez fiers de notre passé colonial ou dégoûtés par celui-ci, ce recueil vous aidera à le comprendre dans le contexte des mentalités de l'époque. Lisez-le. Les uns auront moins peur, les autres moins de dégoût.