Dédicace #65 – Petit traité sur l'immensité du monde -  Sylvain Tesson

Nous remercions Beatrice, qui nous a envoyé cette jolie dédicace à l'occasion du concours que nous avons organisé avec notre partenaire lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2020 .

Un cadeau d’anniversaire d'une cousine grande lectrice. Un petit livre léger, à la couverture bleutée où se détache la silhouette d'un marcheur, sac au dos. Un titre vaste, mais humble, qui ouvre l'imagination. Vagabonder, bivouaquer, tendre son hamac à la cime des arbres, tendre l'oreille aux bruits de la nature. Voilà que se remettent à vibrer des rêves d'enfant que la vie a insidieusement recadrés. Le livre en main, je parcours les paysages, certains inconnus, et d'autres déjà aperçus.

 

Le chapitre 9 m'enchante particulièrement. : Sylvain Tesson et ses comparses alpinistes se retrouvent, de nuit, au pied des cathédrales pour les escalader, avec un délicieux goût de l'interdit : "on commence à pérégriner sur la face des églises parce qu'il n'y a pas de montagnes dans la région parisienne" ! Mais bien sûr ! Ce chapitre, chaque année, je le lisais à haute voix à mes élèves de 15, 16 ans quand arrivait le cours sur l'architecture gothique. Ce point de vue d'un alpiniste sur les forces et les poussés, sur les crêtes, les pinacles et les arcs boutant apportait un tout autre éclairage sur le travail des bâtisseurs et nous sortait un moment d'un programme trop scolaire. Un jour, après ce cours, un élève m'interpelle : "moi aussi, je grimpe, mais sur des grues". Prendre de l'altitude pour regarder les choses, c'est aussi ce que disait cet élève.

 

Je relis souvent ce livre, pour les images qu'il évoque. Et aussi pour le choix des mots rares, précieux et sans doute parfois inventés : "l'air rapicolant", "dulcifier ses ardeurs" , "la stégophilie (amour des toitures)", ... Des mots qui ont du goût, comme un gros caramel savoureux.

 

Alors on prend ce petit livre en poche. On trouve un arbre accueillant, on s'installe à son pied, et on se laisse vagabonder.