Dédicace #32 - La tresse - Laëtitia Colombani

Enfant, je choisissais les livres dans lesquels me plonger, avec autant, sinon davantage, de délectation que lorsque je me concoctais un paquet de bonbons chez le libraire du coin. Je passais mes dimanches à la bibliothèque de Rixensart, piochant au hasard, ou par l’odeur alléchée d’un 4e de couverture fort avenante. Cette habitude m’est restée, j’entre dans une bibliothèque, une librairie sans envie particulière et je fais mon petit marché. 

Parfois, cependant, un livre me choisit. Il peut le faire à tort (je ne me permettrai pas d’en nommer, car comme nous, ils ont le droit à l’erreur), ou arriver comme une bénédiction. C’est le cas de « La tresse ».  Offert à mon homme pour Noël, il me faisait de l’œil sur un coin de table depuis quelque temps. Et puis, un matin, alors que je devais me rendre à Paris, je l’ai emporté avec moi, « pour la route ». 

Et je me suis retrouvée dans ces trois femmes, ces trois destins. Je suis Smita, l’Indienne qui se bat pour un avenir meilleur pour sa fille. Je suis Giulia, la Sicilienne, qui quitte une branche de l’arbre familiale pour en faire repousser une neuve plus belle, plus forte. Je suis Sarah, perdue dans sa recherche de la reconnaissance et du succès pour ensuite mieux se retrouver après que le cancer entre dans sa vie. 

Oui, il est de ces livres que l’on croit écrit pour soi, et  "La tresse" en fait définitivement partie. Mais au-delà de mon histoire personnelle, Laetitia Colombani a la grâce de nous conter trois mondes, sans en juger aucun. A l’heure du mouvement Metoo, de la mobilisation de la jeunesse pour un plus grand respect de notre Terre, elle nous parle de ce que c’est d’être une femme en Inde, en Italie, au Canada. Elle nous montre comment nous sommes tous reliés quand nous pensons vivre dans des mondes séparés. 

C’est la gorge serrée, et en arrivant en gare de Bruxelles-Midi que j’ai fermé ces quelque 220 pages en méditant sur le mot de la  fin « Celui qui sauve une vie sauve le monde entier ».