Dédicace #34 - Le Grand Meaulnes - Alain Fournier 

 

J’ai 55 ans, je suis fille de, épouse de, mère de, grand-mère de... avec finalement une vie bien remplie et une certaine expérience de vie... A l’occasion de ma participation à l’atelier d’écriture Dédicaces, me voilà revisitée sans prévenir par les aventures du beau grand Meaulnes ... A 55 ans, je dois avoir un cœur d’adolescente. Voici donc la petite rédaction de mes souvenirs de ce roman, jetés spontanément sur papier ce soir-là: 

 

Tu te souviens de ces années d’école, lorsqu’on nous déposait au train les lundis matin? Départ à 6h, train, autocar, nous avions 2h de voyage, ce qui te semblait toujours trop court: chaque minute qui te rapprochait du pensionnat passait trop vite, beaucoup trop vite… Nous arrivions enfin, dans ce vieux château-pension, le luxe! Transies de fatigue et de froid, le cœur serré et le ventre noué, juste à temps pour rejoindre les rangs et s’engouffrer dans nos classes. De larges fenêtres s’ouvraient à moi et en pensées, par-delà les vitres,  je rêvais de m’échapper.

 

Quel est le professeur assez fou pour  donner le Grand Meaulnes à lire à une classe de jeunes filles pensionnaires? Je ne m’en rappelle plus, mais du Meaulnes, ce grand garçon libre et rebelle, ça oui, je m’en souviens!

 

Tout en lui me parlait d’évasion, de liberté, de folie et d’amour impossible...car je crois bien avoir été follement amoureuse de ce jeune homme frivole!

Tu imagines, le Grand Meaulnes, les cheveux au vent, libre, beau, volage, le regard perçant, séduisant, un peu arrogant, rencontrer une petite pensionnaire bien sage, coincée dans sa jupe plissée, son col trop serré et ses chaussures lacées bien cirées... le contraste!

 

Il m’apparut une nuit, en rêve, une chandelle à la main! « Tiens » me dit-il, « suis-moi, on s’en va »! Dans la nuit noire de nos dortoirs, je m’en allais, affolée, en chemise de nuit blanche, sur la pointe des pieds pour ne point réveiller le vieux parquet endormi, lanterne à la main ... où était-il mon prince charmant qui venait me libérer et m’arracher aux peurs de la nuit, des ombres et des fantômes effrayants... n’était-t-il qu’une ombre lui aussi ?

 

De  cette nuit obscure, je garde le souvenir du grand Meaulnes, de sa lanterne qui m’éclaire et de l’audace improbable à vivre. Un rêve dans la nuit qui n’en finit pas.