Dédicace #42 - Comment peut-on être catholique? - Denis Moreau 

 

Je suis un catholique pratiquant qui bien souvent s'ennuie à la messe, quand des sermons insipides (on dit maintenant des homélies) ne font que répéter en plus intellectualisant et filandreux ce que l'évangile a raconté en quelques mots; quand le recueillement d'une assistance qui répugne à chanter ressemble à de la somnolence; quand lors d'un mariage le prêtre demande à l'assistance d'applaudir après l'échange des consentements, comme s'il s'agissait d'un spectacle théâtral; quand le célébrant se croit obligé d'expliquer chaque élément de la cérémonie à un public censé être ignare; quand, "dans le respect des convictions de chacun", il propose ("si vous le voulez bien") de commencer par un signe de croix. 

 

J'ai du mal à croire à la présence réelle, je ne prie pas souvent, je me demande parfois si ce n'est pas l'être humain qui a inventé Dieu (ce serait sans doute l'invention la plus géniale).  Ce n'est que parce que je suis un ancien élève des Jésuites que j'accepte que le Tout-puissant soit si impuissant devant les malheurs du monde et devant les abus de ceux qui se réclament de Lui.

 

Alors, pourquoi continuer?  Peut-être par un sentiment d'appartenance, par fidélité à notre éducation chrétienne, par esprit de contradiction (presque élitiste?) vis-à-vis d'un monde de plus en plus utilitariste et immédiat.  Ou parce que le pari de Pascal...  Ou encore parce que fréquentant pas mal de musulmans, admirant leur sens du sacré et discutant de religion avec eux, j'ai éprouvé le besoin de savoir bien m'exprimer sur ma propre foi. 

 

A la fin de sa vie, comme plusieurs de ses contemporains, ma mère commençait à avoir des doutes. J'avais beau lui dire qu'à son âge, ce n'était vraiment pas le bon moment, elle se sentait souvent mal à l'aise. Le titre de ce livre écrit par un professeur de philosophie de l'Université de Nantes m'a attiré, un peu comme j'aurais pu l'être en me demandant avec Montesquieu comment on pouvait être Persan. J'ai commencé par le lire moi-même, et ensuite je l'ai dédicacé à ma mère.  Ce fut le dernier livre qu'elle a lu, en parallèle étonnant avec une biographie du chevalier d'Eon.

 

Comment peut-on (encore) être catholique actuellement, alors que pour beaucoup ce mot sent l'encens refroidi? Comment ose-t-on encore se dire catholique alors que tant de secousses dans l'Eglise la font trembler sur ses bases?  Ce livre donne les bonnes réponses. D'abord parce qu'il faut savoir résister aux vents mauvais de la mode, puis parce que cette religion est très philosophique, que la foi n'est pas synonyme de crédulité, que l'Eglise, c'est l'ensemble des croyants et pas une obscure hiérarchie qui serait corrompue.

On peut résolument être catholique parce que c'est vivant, humain, passionnant. J'arrête. Si ma prose vous paraît trop catho, lisez le livre et vous nous en direz des nouvelles...