Dédicace #55 - Passion Simple - Annie Ernaux

Nous remercions Florence, qui nous a envoyé cette magnifique dédicace à l'occasion du concours que nous avons organisé avec notre partenaire www.monquartierlibre.com lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2020. Son texte fut le coup de coeur de notre jury: Hervé Gérard, Président de la Foire du Livre de Bruxelles, Aude Lafait, autrice et animatrice d'ateliers d'écriture, Pedro Correa, artiste-photographe, François Andrieux, éditeur, Anne Casterman, traductrice, et Caroline Mierop, architecte et urbaniste, directrice de La Cambre jusqu'en 2017.   

Je suis une jeune femme de 29 ans qui se rêve aux travers de l’écriture. 

Parce que j’ai très vite compris que les mots sont des armes, que les manier est un privilège et que les mettre joliment bout à bout peut changer le destin des individus. Au travers de Passion Simple, j’ai rencontré les mots d’Ernaux et son univers, que je me suis pris bien dans la gueule.

 

J’ai lu ce bouquin parce que j’étais une jeune adolescente noyée d’ennui. Je rêvais d’aventures qui n’arrivaient pas et les livres étaient un recueil à histoires merveilleuses. J’ai vu sur un site qu’il fallait lire Passion Simple d’Annie Ernaux. 

J’ai vite senti que ce livre était subversif, que les mots étaient claqués sur le papier. 

Courts. Incisifs. 

Une passion qui se meurt, l’histoire d’une femme qui ne peut plus rien faire d’autre que de penser à un homme. Un homme qui ne l’aime plus. Ne l’aime pas. Ne l’a peut être même jamais aimée. C’est l'obsession de l’autre dans ce qu'il a de plus étouffant.  

Ce n’était pas très joli, mais j’en avais rien à faire des jolies histoires. Je voulais lire la vie. Et c’était là. 

Ce n’était pas beau à voir. Ce n'était pas correct. 

C’était juste franc. Un cri qui vient du bide. 

 

Ce roman m’a tranché les veines. Il m’a coupé le souffle. Lire l’intime. Je tenais, moi aussi, un journal depuis déjà longtemps, je savais qu’on s’y confie, que c’est un peu honteux tout ça. Qu’on a pas envie que d’autres lisent. Et là devant mes yeux, sous mes mains c’était ça. Mais d’une élégance folle. Si peu de mots et pourtant, tant de choses dedans. C’était incroyable. Lire l’intime sans maquillage. Lire quelqu’une se foutre à poil comme ça. 

 

Je souhaite à ceux qui ne l’ont pas encore lu d’être bousculés, d’être mal à l’aise. D’être transcendés. Parce qu’on ne lit pas Ernaux sans se perdre quelque chose. On est happé par les mots qui sont condensés, pressés comme du jus. Il ne reste que le nectar. Plus encore que le livre, c’est le style. Rencontrer la langue d’Ernaux au travers de ce court moment est une merveille.